LEglise et la théologie du corps
Il y a vingt ans Jean-Paul II consacrait tout un enseignement à la sexualité. L'un des apports les plus originaux de ce Pape selon George Weigel
http://www.la-croix.com/Act/Spi/index.jsp
Celse, sil avait vécu plusieurs siècles, se serait réjoui de voir les chrétiens prendre progressivement le corps en grippe. Lenveloppe, «prison de lâme» et devenue lennemi à abattre ; un mépris professé, par ces mêmes chrétiens, pour la sexualité. Il faut voir là une influence stoïcienne revue par les jansénistes Quel regard ce Celse aurait-il porté aujourdhui sur un autre philosophe devenu pape ? Sans doute aurait-il pensé que Jean-Paul II induit une nouvelle fois son Église dans lerreur initiale du «peuple qui aime le corps». À moins quil ne se rassure de voir sans portées réelles les efforts de ce même pape pour changer la culture chrétienne vis-à-vis de la sexualité. Vaines années de pontificat (quatre sur vingt-cinq) consacrées à ce thème, de 1979 à 1984, lors de 130 «catéchèses du mercredi». Sans suite, un corpus de 800 pages, publié ces jours-ci par le Cerf : le plus important jamais écrit par un pape sur un même sujet. Non entendu, cet enseignement conclu il y a vingt ans, jour pour jour, lors de laudience du 28 novembre 1984. |
| Un des apports les plus originaux de Jean-Paul II |
Cest aussi la conviction dYves Semen, un philosophe qui a publié avant lété un livre très pédagogique : La Sexualité selon Jean-Paul II, aux Presses de la Renaissance, afin dexhumer cet enseignement. Le titre de son ouvrage devait susciter le sarcasme, cest plutôt le contraire qui sest produit ! Lauteur a bénéficié dune « bonne » presse, et son livre se vend plutôt bien dans sa catégorie : un signe qui ne trompe pas quant à lattente du public pour ce sujet. Mais quelle est donc la nature de cet enseignement si important pour Jean-Paul II et, paradoxalement, passé presque inaperçu ? La « théologie du corps » tient en une phrase : la sexualité est une amie. Elle est aimée, voulue par Dieu, non comme une concession, un mal nécessaire pour assurer une reproduction animale, mais comme un espace divin en lhomme ! Un lieu de révélation de la puissance de lamour, de la liberté et de la joie : soit les trois messages fondamentaux du christianisme. |
| Un enseignement rigoureusement théologique |
Elle se connaît en se donnant ; et, se donnant, reçoit sa liberté, non comme une idée, mais comme une pratique, une expérience dépanouissement. De moins en moins attachée à elle-même, elle se sent «libérée» de la tyrannie de lego. «Joie» enfin y compris dans la relation sexuelle. Perçue comme une communion des personnes, couronnée par le plaisir, la sexualité se trouve reconnue sans aucun tabou ni complexe par Jean-Paul II. Il y voit la part peut-être la plus intime du divin en lhomme . Autre élément capital de cet enseignement : il nest pas «inventé», mais est rigoureusement théologique. Jean-Paul II se fonde essentiellement sur les textes de la Genèse. Ses prédécesseurs les connaissaient, mais ni Pie XII (qui avait reconnu en 1951 « que les couples ne font rien de mal en recherchant et en profitant du plaisir ») ni Paul VI (qui publia lencyclique controversée Humanae vitae en 1968) ne pouvaient aboutir à une telle évolution. |
| Pétri de personnalisme et de phénoménologie |
La différence ? Lexpérience et la philosophie Karol Wojtyla, aumônier détudiants et de jeunes couples, avait beaucoup travaillé ces questions en Pologne dans des cercles de réflexion. Professeur de philosophie, il était pétri du personnalisme et de la phénoménologie, réalisant dès 1960, dans son ouvrage Amour et responsabilité, une synthèse encore inédite entre philosophie et théologie sur cette question du corps et de la sexualité. Il y écrivait en effet : «Goûter le plaisir sexuel sans traiter pour autant la personne comme un objet de jouissance, voilà le fond du problème moral sexuel.» Paul VI était informé de la qualité des travaux de larchevêque de Cracovie. Il lui avait même demandé en 1965 de participer à la commission préparatoire de Humanae vitae : ce que les autorités polonaises de lépoque navaient pas rendu possible. Certes, Paul VI et lui seraient parvenus aux mêmes conclusions sur la contraception, mais la réception du texte par la société aurait sans doute été différente. Ce fut là une occasion ratée qui explique le soin pris par Jean-Paul II, dès 1979, moins dun an après son élection sur le trône de Pierre, pour exposer avec ampleur, et sous un jour nouveau, sa vision chrétienne de la sexualité. Non pas un anti-Humanae vitae, mais un autre Humanae vitae Jean-Marie GUENOIS |
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Quatre ouvrages de référence -La Sexualité selon Jean-Paul II, dYves Semen, Presses de la Renaissance, 230 p, 17 . Ouvrage de synthèse qui explique de façon très accessible les fondements de cet enseignement de Jean-Paul II, ses traits essentiels et sa portée. Ce livre, premier du genre dans le monde francophone, simpose comme lintroduction idéale à une somme de textes théologiques et philosophiques du Pape dont certains sont difficiles daccès. -Homme et femme, il les créa. Une spiritualité du corps, de Jean-Paul II, Cerf, 694 p, 29 . Publié entre 1979 et 1984, en différents volumes par le Cerf, cet enseignement de Jean-Paul II, théologie du corps, délivré au long des catéchèses du mercredi , est proposé cet automne pour la première fois en un seul volume à loccasion du 20e anniversaire de la dernière audience générale consacrée à ce thème. Cest un excellent outil de travail et détude puisquil offre le texte intégral. Mais il est sans introduction, ni commentaire particulier. -Personne et acte de Karol Wojtyla, Le Centurion, 340 p, 20 Difficile à trouver, puisquil fut édité en français en 1983, ce livre de philosophie situe le personnalisme du professeur Wojtyla. Cest un livre source. -Amour et responsabilité de Karol Wojtyla, Stock, 284 p. Préfacé pour lédition française en 1965 par le P. de Lubac, cet ouvrage, publié en Pologne dès 1960, contient la vision du futur Pape sur la question de la personne et sur la sexualité. Le texte na pas une ride. |
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